la réponse, enfin!
bon et il est temps que je réponde à Quantique.
j'hésitais à le faire dans un commentaire quand j'ai pris conscience de ce qu'il y avait à dire. je me suis dit, autant en faire carrément une note. et puis j'ai vu ses dernières notes, et les commentaires de Chaos, et du coup, je n'ai plus hésité: il vaut mieux que je fasse une note.
d'abord, si je ne l'ai pas fait avant, c'est parce que j'ai eu peu de temps de libre (en particulier aujourd'hui), et même si je m'écoutais, j'irais me coucher, là.
mais demain je ne suis pas pressée, et puis j'avais qu'à pas dire que j'écrirais sur le sujet (j'ai toujours le chic pour me mettre la pression toute seule comme une grande, je m'en rends compte régulièrement au boulot d'ailleurs)
alors voilà mon histoire avec ma mère, histoire dont je retrouve certaines similitudes chez Quantique et sa fille (mais je précise dès maintenant: je ne dis pas ni ne pense que Quantique fait tout comme ma mère).
ce qui ne va pas entre ma mère et moi, c'est que malgré elle, elle me juge (et exactement comme Quantique le fait elle traduit ça par "je constate" ou bien "je dis ce que je pense, c'est tout"), et malgré elle, elle s'implique dans mes affaires (et là y a deux cas: soit elle est certaine de ne pas s'en mêler puisqu'elle considère que c'est pas si personnel que ça, soit elle est certaine que dans tel cas, ça se justifie [parce que c'est pratique, parce qu'on est mère-fille, et mille autres raisons]).
elle a cette candeur qui consiste à dire (des propos que je retrouve chez Quantique encore), qu'il vaut mieux dire les choses plutôt que de les conserver par devers soi car ce serait pire, avec, à chaque fois que je le lui ai reproché, cette réponse systématique "ben quoi, tu préfères que je ne te dise pas ce que je pense?" ou que "je te le cache" ou que "je fasse semblant", ou toutes les variantes qui vont dans ce sens.
il m'a fallu des années et une sacrée thérapie pour me rendre compte que tout cela me faisait un mal immense, et m'empêchait de "grandir" et de devenir responsable.
d'abord parce que c'est un mal inconscient. ensuite, parce que c'est un mal qui paraît être un bien. enfin parce qu'elle était tellement convaincue de ce qu'elle disait/faisait, qu'elle ne s'est jamais laissé la place d'imaginer que ce puisse être le contraire.
c'est ce troisième point qui continue à entacher notre relation, puisque sur les deux premiers, j'ai fait l'expérience suffisamment de fois pour être convaincue que ça m'a réellement fait du mal, même si je n'ai jamais trouvé d'autres personnes pour m'approuver dans cette découverte que des psy, qui, parce qu'ils étaient des professionnels à qui je m'adressais par hypothèse, n'étaient pas "objectifs". et ça non plus ça ne m'a pas aidée, car les choses sont toujours plus simples quand elles ne sont pas insidieuses. je vais caricaturer mais comme je l'ai souvent dit, si elle était méchante, conne, et moche, ce serait plus facile de lui tourner le dos et l'envoyer chier. et surtout, moins de gens dans mon entourage trouveraient à y redire (car l'entourage est très lourd dans ce genre de cas aussi,et puis il y a une sorte de sacralisation de la mère qui fait qu'une mère, ça fait jamais rien de mal, surtout quand elle se sacrifie pour ses enfants)
le fait que ma mère, même lorsque je le lui ai énoncé, a toujours refusé de prendre conscience de tout cela comme pouvant me faire du mal (me renvoyant systématiquement donc à mes propres névroses/pathologies, ce qui en rajoute encore une couche), c'est probablement sa propre culpabilité. Une culpabilité qui n'a pas de raison d'être d'ailleurs. car elle a effectivement toujours fait ce qui lui semblait être le mieux, elle a toujours fait des efforts pour nous (beaucoup trop d'ailleurs), et de cela (si j'enlève le "trop"), je la remercie.
c'est d'ailleurs ce qui fait que je suis attachée à elle, et que je n'ai jamais réellement renoncé à conserver des relations avec elle, malgré le fait qu'elle m'a réellement pourri la vie, et malgré le fait qu'elle refuse l'idée que c'est elle qui a fait de moi (et de mes frères) des monstres. oui bon c'est normal qu'elle refuse cette idée, elle est trop dure.
je ne dis pas qu'elle est seule responsable, je ne dis même pas qu'elle pouvait faire autrement, d'ailleurs; mais bon sang, ça me ferait du bien qu'elle réalise à quel point tout cela nous a détruit et nous détruit encore (car elle continue, bien sûr, il ne faut pas oublier que mon frère cadet a 20 ans).
je n'attends même pas d'elle qu'elle arrête de faire ce qu'elle fait car j'ai à peu près compris d'où ça venait, et compris aussi que c'était "indispensable" pour elle; j'aimerais juste que quand je lui fais remarquer sur certains détails, elle m'écoute et me croie, au lieu de monter sur ses grands chevaux. parce que ça me ferait du bien, plutôt que de m'entendre dire que c'est moi la chiante ou la malade, bref, le problème.
Elle ne peut pas faire autrement, elle a un ego beaucoup trop fragile pour ça (désolée mais c'est trop long à expliquer et on s'éloigne du sujet).
en tout cas j'ai compris que ça n'arrivera pas (peu importe la raison), et c'est pour ça que je me préserve d'elle, à tout prix.
elle aurait pu faire une thérapie, mais non. elle en a fait un bout, de temps en temps (pas un vrai travail, plutôt une thérapie de soutien, et maintenant, elle a lâché, le problème qui subsiste, c'est pas elle, c'est moi. j'ai beau lui montrer l'état de mes frères, y a rien à faire. elle n'y est pour rien de tout ça, elle a fait ce qu'elle a pu, c'est pas sa faute. ok, ben bonjour l'angoisse pour se dépatouiller de ça.
c'est pour cela que c'est nécessaire que je prenne mes distances.
je n'ai donc jamais pu démontrer que ma mère m'avait pourri la vie à personne. chacun y voit des attentions maternelles, et surtout, je m'aperçois que chez la plupart de mes copines, il y a ce même genre de comportements. ce qui fait la différence, c'est le contexte: chez une telle, il y a bien quelques indiscrétions, mais il n'y pas eu de "castration" (le psy me corrigerait et parlerait d'inhibition) de sorte qu'elle a trouvé des échappatoires et n'a plus que des problèmes de spasmo/boulimie pénibles mais vivables, chez telle autre il y a une emprise/fusion de la part de la mère (qui perdure), mais un père assez présent qui a permis de couper le cordon, de sorte que sa mère lui casse les pieds, mais elle a appris à dire "merde" sans excès et sans culpabiliser, ce qui soulage énormément les relations, et leur laisse suffisamment d'oxygène pour se faire plaisir ensemble, donc, finalement, trouver un certain équilibre, etc.
évidemment tout cela n'est pas une science exacte, et chacune de mes impressions est sujette à caution.
en tout cas, pour ma mère et moi, il n'y a que mon psy (puisque c'est le seul que je continue à voir) et mon médecin (puisqu'il la connaît, et qu'il a fait un travail d'analyse), pour me confirmer, souvent avec force, que je ne me trompe pas, qu'elle a réellement été étouffante/inhibitrice malgré sa gentillesse et sa souplesse apparente (qui ressort en particulier de son discours mais également de certains de ses comportements), avec rien pour rattraper cela autour, au contraire. il y a aussi mon expérience, qui me montre que j'ai trouvé la solution (et que donc, a contrario, le problème se situait bien là).
je continue à penser que sans les fleurs de bach, je n'aurais jamais pu la mettre en oeuvre, cette solution. et je continue à penser que même avec les fleurs de bach, si je vois trop ma mère, ça redérapera forcément un jour, pour deux raisons cumulatives: parce que notre fonctionnement est comme ça, et nous sommes trop âgées pour pouvoir le modifier réellement ET parce que ma mère refuse de prendre conscience de tout cela, que donc, je suis la seule à oeuvrer dans ce sens; or la conscience ne suffit pas à faire bouger les choses à elle seule, imaginez donc s'il n'y a qu'une conscience sur les deux de la relation qui joue le jeu...
c'est pour cela que je lui ai parlé de thérapie familiale, mais elle a toujours refusé. tant pis pour elle, et pour moi aussi en fait. c'est cela qui fait que je ne souhaite pas partager ma grossesse avec elle si j'ai le bonheur d'être un jour enceinte, que ce n'est pas elle qui est désignée comme tiers de confiance s'il m'arrive le moindre problème, ni comme personne à avertir en cas d'urgence si j'avais un accident de plongée; et que de façon plus générale, je n'aurai très probablement jamais envie qu'elle soit là lorsque je prendrai du plaisir à quelque chose ou quand il arrivera quelque chose de grave dans ma vie. plus exactement, j'aurais envie qu'elle soit là dans l'absolu (c'est toujours bon, une mère), mais vu ma mère et notre relation, il vaut mieux qu'elle ne soit pas là.
ça c'est une de mes solutions pour me sentir mieux, et ça marche.
il faut juste que je me retienne, quand il m'arrive un truc sympa, d'aller raconter ça à ma mère. au début c'était impossible. puis ça a été très dur, puis moins. ça n'est jamais facile, mais je sais trop que c'est le mieux pour moi, alors je persiste. il n'y a que quand je suis fatiguée, que je retombe dans les habitudes d'antan.
en fait, j'ai enfin défini le fil d'ariane. j'ai enfin trouvé mes repères. j'ai enfin compris à partir de quand on juge, et à partir de quand on s'immisce. je choque beaucoup de gens avec ça car je suis très aiguisée, donc très rigoureuse (c'est le prix à payer pour trouver le fil d'ariane), et peu sont d'accord avec moi faisant généralement valoir la relation privilégiée entre une mère et une fille (oubliant que c'est vrai, mais seulement chez ceux qui savent s'arrêter, ce qui n'est pas le cas de ma mère, ni le mien d'ailleurs), mais il n'empêche, ça marche.
pour reprendre l'exemple de Quantique, à partir du moment où elle demande à sa fille pourquoi elle veut cet argent, elle s'immisce, même si ça peut sembler légitime de prime abord (et beaucoup diront que ça l'est). et c'est pas parce que les banques en font autant que c'est un exemple à suivre! tout
c'est d'autant plus vrai que les banques ne le font que pour être sûres qu'elles vont être remboursées (et désormais pour des raisons fiscales, mais là c'est plus compliqué). or si j'ai bien compris, contrairement aux banques, Quantique a toujours été remboursée
Evidemment, je la comprends quand elle dit qu'elle ne lui prêterait pas un centime si c'était pour le dépenser sans rien investir, puisque ça fait 20 fois qu'elle lui en prête et qu'elle en a toujours besoin.
Oui, c'est un problème de fond, c'est évident, mais ce n'est pas à sa mère de le lui dire, surtout à son âge, c'est à elle à le découvrir! et le meilleur moyen, c'est de constater qu'autour d'elle, les gens n'ont plus envie de lui prêter de l'argent, même sa mère en a marre, car ce n'est jamais agréable ou anodin pour personne, de prêter de l'argent.
et le lui refuser en lui en expliquant la raison (cette raison en tout cas, car il y en a plusieurs dans ce que j'ai lu), c'est prendre le risque de la braquer ou de l'inhiber.
car c'est encore une fois lui indiquer la marche à suivre (plus ou moins directement), et il n'y a rien de plus démotivant que de ne pas décider quelque chose par soi-même. dans le meilleur des cas elle sera démotivée pour le faire, dans le pire des cas, elle se sentira humiliée. humiliée qu'on lui dise ce qui est bon pour elle... à 37 ans!
et l'humiliation, c'est potentiellement une défense. et si on approfondit un peu, cela renvoit directement au respect.
du coup, tu vas aboutir exactement à l'inverse de ce que tu souhaites! tu te seras plus ou moins mis à dos ta fille (ou en tout cas traversé un moment difficile), et en plus, elle refusera d'entamer la moindre démarche, ou ne sera pas très motivée pour le faire.
et si, docile, elle le fait (il fut un temps où j'étais "docile", mais je ratais presque tout ce que j'entreprenais, pour une raison très simple: ça ne venait pas de moi).
il faut espérer qu'elle n'en est pas là; mais à la limite, c'est pas grave, ça se rattrape ces choses là.
c'est exactement comme quand ma mère me dit qu'elle veut me donner tel argent qui vient de tel truc qu'elle a vendu et qui appartenait à ma grand mère, mais que c'est pas pour "dépenser comme ça". je lui réponds toujours que si elle tient beaucoup à ce que son argent ne soit pas dépensé "comme ça", il vaut mieux qu'elle le garde.
et ce fut d'ailleurs quelque chose de très compliqué pour moi ces histoires d'argent, car j'en avais cruellement besoin. pour toutes les fois où ma mère m'a donné de l'argent, je n'ai jamais complètement fait à ma façon, car quand on est au RMI, c'est carrément difficile de lutter sur ce terrain là (pour ne pas dire impossible, à moins de renoncer à des choses fondamentales, ce que certains font, et que je n'ai jamais complètement fait: j'ai toujours su m'affranchir des biens de consommation, de fringues, etc, mais jamais du chauffage, de l'eau chaude, de la santé [je veux dire même les petits bobos de rien du tout], et donc d'un minimum de confort).
la seule solution que je me suis trouvé (mais j'ai eu la chance de pouvoir la mettre en oeuvre, c'est pas donné à tout le monde), c'est que après en avoir eu assez pour pouvoir me passer des services de ma mère (j'ai budgétisé en prévoyant le "pire", mais au "minimum", ce qui est une quadrature du cercle, en me privant de beaucoup de choses, et en priant bien sûr pour ne pas avoir de trop gros imprévus), j'ai refusé qu'elle m'en donne. j'ai même fait des pieds et des mains pour sortir de son héritage. elle n'a jamais compris.
puis le psy m'a raisonnée, je me suis contentée de refuser quelques sommes en argent qu'elle voulait nous donner à l'occasion.
après moultes fâcheries, elle me l'a donné quand même, cet argent, mais à mes conditions, c'est-à-dire sans savoir si j'en avais besoin ou pas (donc sans savoir combien il me restait sur le compte que mon père nous avait ouvert , car elle est toujours un peu curieuse de savoir où ça en est), sans savoir ce que j'allais en faire, et sans que j'en justifie/raconte a posteriori ce que j'en ai fait.
je m'aperçois que dans les faits, ça revient exactement au même, parce que j'ai des scrupules, et que de toute façon, je culpabiliserais si je le dépensais pour autre chose. mais peu importe. ça, ma mère ne le savait pas au moment où elle me l'a finalement donné, cet argent.
en fait, au fil des années et de ma thérapie,j'avais remarqué qu'elle se débrouillait toujours pour savoir où j'en étais, et que même quand je m'étais dit que je ne le lui dirais pas, elle avait toujours une façon d'en parler qui faisait que je finissais par me dévoiler. à force de céder à ses questions, j'ai repéré, puis remarqué en temps voulu (car en général je m'en rendais compte mais trop tard), puis réussi à dire "tu ne sauras pas".
j'en ai pris plein la figure sur tous les tons. le plus dur, c'était quand elle disait des choses comme "bah, qu'est-ce que ça peut faire que je le sache ou non?", et elle ajoutait parfois d'un air moqueur (mais gentil quand même) " tu fais des cachotteries?" comme si c'était honteux, de ne pas souhaiter dévoiler l'état de son compte. bien évidemment tout cela n'était pas réfléchi chez elle, ça venait tout seul. mais peu importe, c'était là, et je crois qu'elle aura tout essayé comme technique, sans même s'en rendre compte.
et si j'avais le malheur de m'épancher auprès des copines, elles me disaient toujours "oui bah, qu'est-ce que ça peut faire? si ça peut lui faire plaisir, ça n'a pas de vraiment de conséquences".
l'argent, c'est sacrément piégeant sous toutes ses formes.
Raison de plus pour éviter ce type d'interaction quand les relations sont pas simples.
le pire, c'est le coup de la procuration. en fait, ma mère se sert de n'importe quel prétexte pour me dire que ce serait plus simple si elle avait une procuration sur mon compte.
quand elle a compris à quel point une procuration était intrusive, elle a cessé de m'en parler (mais il n'empêche: elle a procuration sur les comptes de mes frères, car elle trouve ça plus pratique et pas méchant, donc là on est dans le cas où elle légitime le truc en considérant que la contrepartie vaut la peine).
elle a compris que c'était intrusif assez tôt quand même, parce qu'objectivement, ça l'est, donc c'était facile à démontrer, même si elle me promettait qu'elle n'interviendrait sur mon compte qu'avec mon autorisation, ce que je pense qu'elle aurait fait d'ailleurs. mais symboliquement, ça reste très intrusif et moi, ça me suffisait à le refuser; et quand je dis refuser, ce fut tardif, car sur mon premier compte j'ai accepté sans broncher, je trouvais même ça très bien.
bref, avec la procuration, on est dans la caricature, et c'est un des rares cas dans lesquels on est dans la caricature; le reste, c'est toujours sujet à discussion, mais maintenant je m'en fiche, j'ai mon fil d'ariane.
en tout cas, de ce point de vue je ne ressemble pas du tout à ta fille, car je refuse catégoriquement d'emprunter, j'ai trop peur de ne pas pouvoir rembourser. je la trouve épatante d'ailleurs, de toujours y parvenir: ça veut dire qu'elle est pleine de ressources! je trouve ça extraordinaire.
bien évidemment, et ça se comprend, il y a le côté négatif, duquel tu as du mal à te détacher, inquiétudes maternelles (et objectives en l'occurrence)
j'imagine que pour une mère, ce doit être très dur de voir son enfant recommencer toujours les mêmes erreurs, surtout quand, parfois, elles sont particulièrement dangereuses, a fortiori s'il y a eu à un moment, une tentative de suicide.
pourtant, je crois vraiment que le fait d'entrer dans la sphère de l'autre, même si on y est invité (oui, à mes yeux ça va jusque là mais peut-être seulement quand on est mère ou père, justement), c'est ne pas la respecter, ne pas lui laisser d'espace suffisant pour que le libre arbitre s'exprime de façon saine; et ne pas être respecté par ceux qu'on a de plus proche, c'est ne pas avoir d'exemples de respect de soi (a fortiori si ça vient de la mère ou du père). c'est donc continuer à faire ce qu'on a toujours fait: ne pas se respecter, faire des trucs qui sont pas satisfaisants, sains, constructifs, etc. bref, rester dans le même fonctionnement (logique, s'il n'y a pas d'espace pour penser/sentir autrement)
comme je disais l'autre jour, voici la mère dont je rêve:
non pas une mère hypocrite, qui me dirait le contraire de ce qu'elle pense, ou qui chercherait à tout prix à me cacher ce qu'elle pense, mais pas non plus une mère qui me dise tout ce qu'elle pense, ou qui se contente (comme la mienne) de "diminuer" ce qu'elle pense pour ne pas trop me heurter.
ma mère, elle est intrusive et elle fait pas exprès. elle ne peut pas se changer, car on n'est pas réellement responsable de ce qu'on pense. d'ailleurs, en pensant tout cela d'elle, je suis moi-même extrêmement intrusive, même si elle n'en sait pas grand chose (encore que je ne lui mens jamais pour autant).
on ne peut pas s'empêcher de penser, de juger, de percevoir, c'est humain. donc on est obligé de composer avec.
soit on dit tout, et on "charge" l'autre de ce qu'il ne devrait pas porter (car même si ce que tu penses concerne ta fille, c'est quand même toi qui le pense),
soit on en dit un bout, et on en conserve un bout pour soi, mais alors là, on est dans l'insatisfaction des deux côtés: on a "jugé" l'autre (ou à tout le moins on est entré dans sa sphère privée), et pourtant on n'a pas dit tout ce qu'on pensait, donc on a presque l'impression de mentir un peu.
pour moi, la position idéale, quand on ne peut pas s'empêcher de penser au sujet de la sphère de l'autre, du moins quand la relation est très personnelle, c'est de le conserver pour soi parce qu'on réalise que c'est mieux. non pas en faisant croire qu'on ne pense rien, et qu'on n'a pas d'avis sur la question, mais en comprenant que ce n'est pas à nous de nous prononcer sur le sujet, par souci de respect de l'autre, et que ce serait une erreur de le faire (mais pour faire ça, il faut être d'accord avec, ce qui n'est pas forcément évident; perso, j'ai mis un temps fou).
ce n'est surtout pas de dire (même si l'autre le demande): oui je pense quelque chose, mais non je ne veux surtout pas te dire quoi (ça sous entend qu'on a tout compris et qu'on sait tout de l'autre, ce qui est tout à fait insupportable, l'autre n'a plus d'espace de liberté/indépendance/oxygène); mais de dire quelque chose du style, "je me suis aperçu que ça ne me regardait pas" et si l'autre insiste, lui faire comprendre que la position que l'on adopte n'a aucun intérêt pour elle, car ce serait usurper quelque chose qui ne nous appartient pas que de se prononcer dessus. anticiper l'autre, c'est lui bouffer son espace psychique, et l'espace psychique, c'est essentiel pour se construire.
sauf que pour pouvoir dire des choses comme ça, il faut les penser, et ça, c'est pas simple.
d'ici là, on peut toujours trouver des solutions (imparfaites mais tout à fait correctes) de rechange, du style: il me semble que ça me regarde pas ou que ce serait une erreur que j'en parle, car j'ai un doute sur le sujet, et tant que le doute ne sera pas levé je préfère m'abstenir (dans le doute abstiens toi)
voilà donc, j'aimerais que ma mère ne se retienne plus de me dire les choses au motif que je lui ai dit que ça me faisait du mal, mais qu'elle trouve le fil d'ariane, c'est-à-dire le moment où elle devient intrusive (ou du moins trop concernée par mes affaires), le moment où, en principe, ça ne la regarde plus, pour ne pas dire le moment où elle ne respecte plus ce que je suis ni ce que je vais devenir; et à partir de là, qu'elle soit capable de dire "ça ne me regarde pas", même si elle ne peut pas s'empêcher de penser.
bon, je vais me chercher à boire et relire tout ça.
je sais déjà que j'ai oublié un chapitre (celui sur lequel "pourquoi on pense des autres" et "pourquoi on anticipe des autres" et même comment on peut essayer de s'en empêcher (rarement avec succès mais qui sait)), mais je suis vraiment fatiguée, et il faut vraiment que je dorme!
...
oui j'ai aussi oublié un chapitre sur le fait que ta fille semble très, très loin de cette indépendance, et qu'elle semble même être au stade où elle approuve ta façon d'être, n'y voit aucun inconvénient, et même le défend. car il faut savoir que pendant très longtemps, aussi incroyable cela paraisse aujourd'hui, j'ai défendu tout ce que faisais ma mère, envers et contre tout le reste de ma famille, et je ne vois pas bien qui aurait pu m'en faire démordre tant que je n'avais pas perçu franchement certains de ses travers ce qui a bien fini par arriver, même avant le début de ma thérapie; enfin si, mais il aurait fallu que ça vienne de l'extérieur, ce qui par hypothèse était impossible.
évidemment, je n'en sais rien, ce n'est qu'une vague impression, car c'est toi qui écrit, et pas elle. et puis ça reste un avis, chuis pas psy!!
pourtant, ce serait pas forcément une bonne idée de lui conseiller une thérapie (en fait tout dépend de vos rapports, de sa position, etc, mais ce serait dommage de renforcer ses défenses par rapport à ça, ça la bloquerait davantage).
en tout cas l'idée de faire appel à un organisme est excellente (même si c'est purement technique et non thérapeutique, car en fait je me rappelle plus exactement comment c'est tourné), tout dépend comment c'est formulé. mais l'idée que tu n'as pas à intervenir dans ses histoires d'argent et qu'il y a des gens mieux placés que toi pour ça, c'est bien je trouve (oui oui, je juge! je donne un avis, je me permets!).
et je justifie: car justement, ça renvoie à l'idée que tu n'as pas à intervenir dans sa sphère, que ce n'est pas ton rôle, et ça, c'est plutôt chouette. bon après, c'est comme pour tout, tout dépend comment c'est énoncé. et là, on rejoint le problème de toutes les nuances possibles et imaginables entre l'injonction, et la suggestion (dite avec émotion ou au contraire de façon distanciée, ça change tout)
non les rapports mère-fille, c'est pas facile...
et dire que je ne demande que ça, à l'heure où je crains toujours davantage de ne pas être enceinte!!
(fille ou garçon, je m'en fiche, les deux me vont)
allez dodo
(wow après relecture et relecture, il est bientôt six heures du mat! allez, c'est pas grave, ça m'a fait du bien de parler de ma mère...!)
j'hésitais à le faire dans un commentaire quand j'ai pris conscience de ce qu'il y avait à dire. je me suis dit, autant en faire carrément une note. et puis j'ai vu ses dernières notes, et les commentaires de Chaos, et du coup, je n'ai plus hésité: il vaut mieux que je fasse une note.
d'abord, si je ne l'ai pas fait avant, c'est parce que j'ai eu peu de temps de libre (en particulier aujourd'hui), et même si je m'écoutais, j'irais me coucher, là.
mais demain je ne suis pas pressée, et puis j'avais qu'à pas dire que j'écrirais sur le sujet (j'ai toujours le chic pour me mettre la pression toute seule comme une grande, je m'en rends compte régulièrement au boulot d'ailleurs)
alors voilà mon histoire avec ma mère, histoire dont je retrouve certaines similitudes chez Quantique et sa fille (mais je précise dès maintenant: je ne dis pas ni ne pense que Quantique fait tout comme ma mère).
ce qui ne va pas entre ma mère et moi, c'est que malgré elle, elle me juge (et exactement comme Quantique le fait elle traduit ça par "je constate" ou bien "je dis ce que je pense, c'est tout"), et malgré elle, elle s'implique dans mes affaires (et là y a deux cas: soit elle est certaine de ne pas s'en mêler puisqu'elle considère que c'est pas si personnel que ça, soit elle est certaine que dans tel cas, ça se justifie [parce que c'est pratique, parce qu'on est mère-fille, et mille autres raisons]).
elle a cette candeur qui consiste à dire (des propos que je retrouve chez Quantique encore), qu'il vaut mieux dire les choses plutôt que de les conserver par devers soi car ce serait pire, avec, à chaque fois que je le lui ai reproché, cette réponse systématique "ben quoi, tu préfères que je ne te dise pas ce que je pense?" ou que "je te le cache" ou que "je fasse semblant", ou toutes les variantes qui vont dans ce sens.
il m'a fallu des années et une sacrée thérapie pour me rendre compte que tout cela me faisait un mal immense, et m'empêchait de "grandir" et de devenir responsable.
d'abord parce que c'est un mal inconscient. ensuite, parce que c'est un mal qui paraît être un bien. enfin parce qu'elle était tellement convaincue de ce qu'elle disait/faisait, qu'elle ne s'est jamais laissé la place d'imaginer que ce puisse être le contraire.
c'est ce troisième point qui continue à entacher notre relation, puisque sur les deux premiers, j'ai fait l'expérience suffisamment de fois pour être convaincue que ça m'a réellement fait du mal, même si je n'ai jamais trouvé d'autres personnes pour m'approuver dans cette découverte que des psy, qui, parce qu'ils étaient des professionnels à qui je m'adressais par hypothèse, n'étaient pas "objectifs". et ça non plus ça ne m'a pas aidée, car les choses sont toujours plus simples quand elles ne sont pas insidieuses. je vais caricaturer mais comme je l'ai souvent dit, si elle était méchante, conne, et moche, ce serait plus facile de lui tourner le dos et l'envoyer chier. et surtout, moins de gens dans mon entourage trouveraient à y redire (car l'entourage est très lourd dans ce genre de cas aussi,et puis il y a une sorte de sacralisation de la mère qui fait qu'une mère, ça fait jamais rien de mal, surtout quand elle se sacrifie pour ses enfants)
le fait que ma mère, même lorsque je le lui ai énoncé, a toujours refusé de prendre conscience de tout cela comme pouvant me faire du mal (me renvoyant systématiquement donc à mes propres névroses/pathologies, ce qui en rajoute encore une couche), c'est probablement sa propre culpabilité. Une culpabilité qui n'a pas de raison d'être d'ailleurs. car elle a effectivement toujours fait ce qui lui semblait être le mieux, elle a toujours fait des efforts pour nous (beaucoup trop d'ailleurs), et de cela (si j'enlève le "trop"), je la remercie.
c'est d'ailleurs ce qui fait que je suis attachée à elle, et que je n'ai jamais réellement renoncé à conserver des relations avec elle, malgré le fait qu'elle m'a réellement pourri la vie, et malgré le fait qu'elle refuse l'idée que c'est elle qui a fait de moi (et de mes frères) des monstres. oui bon c'est normal qu'elle refuse cette idée, elle est trop dure.
je ne dis pas qu'elle est seule responsable, je ne dis même pas qu'elle pouvait faire autrement, d'ailleurs; mais bon sang, ça me ferait du bien qu'elle réalise à quel point tout cela nous a détruit et nous détruit encore (car elle continue, bien sûr, il ne faut pas oublier que mon frère cadet a 20 ans).
je n'attends même pas d'elle qu'elle arrête de faire ce qu'elle fait car j'ai à peu près compris d'où ça venait, et compris aussi que c'était "indispensable" pour elle; j'aimerais juste que quand je lui fais remarquer sur certains détails, elle m'écoute et me croie, au lieu de monter sur ses grands chevaux. parce que ça me ferait du bien, plutôt que de m'entendre dire que c'est moi la chiante ou la malade, bref, le problème.
Elle ne peut pas faire autrement, elle a un ego beaucoup trop fragile pour ça (désolée mais c'est trop long à expliquer et on s'éloigne du sujet).
en tout cas j'ai compris que ça n'arrivera pas (peu importe la raison), et c'est pour ça que je me préserve d'elle, à tout prix.
elle aurait pu faire une thérapie, mais non. elle en a fait un bout, de temps en temps (pas un vrai travail, plutôt une thérapie de soutien, et maintenant, elle a lâché, le problème qui subsiste, c'est pas elle, c'est moi. j'ai beau lui montrer l'état de mes frères, y a rien à faire. elle n'y est pour rien de tout ça, elle a fait ce qu'elle a pu, c'est pas sa faute. ok, ben bonjour l'angoisse pour se dépatouiller de ça.
c'est pour cela que c'est nécessaire que je prenne mes distances.
je n'ai donc jamais pu démontrer que ma mère m'avait pourri la vie à personne. chacun y voit des attentions maternelles, et surtout, je m'aperçois que chez la plupart de mes copines, il y a ce même genre de comportements. ce qui fait la différence, c'est le contexte: chez une telle, il y a bien quelques indiscrétions, mais il n'y pas eu de "castration" (le psy me corrigerait et parlerait d'inhibition) de sorte qu'elle a trouvé des échappatoires et n'a plus que des problèmes de spasmo/boulimie pénibles mais vivables, chez telle autre il y a une emprise/fusion de la part de la mère (qui perdure), mais un père assez présent qui a permis de couper le cordon, de sorte que sa mère lui casse les pieds, mais elle a appris à dire "merde" sans excès et sans culpabiliser, ce qui soulage énormément les relations, et leur laisse suffisamment d'oxygène pour se faire plaisir ensemble, donc, finalement, trouver un certain équilibre, etc.
évidemment tout cela n'est pas une science exacte, et chacune de mes impressions est sujette à caution.
en tout cas, pour ma mère et moi, il n'y a que mon psy (puisque c'est le seul que je continue à voir) et mon médecin (puisqu'il la connaît, et qu'il a fait un travail d'analyse), pour me confirmer, souvent avec force, que je ne me trompe pas, qu'elle a réellement été étouffante/inhibitrice malgré sa gentillesse et sa souplesse apparente (qui ressort en particulier de son discours mais également de certains de ses comportements), avec rien pour rattraper cela autour, au contraire. il y a aussi mon expérience, qui me montre que j'ai trouvé la solution (et que donc, a contrario, le problème se situait bien là).
je continue à penser que sans les fleurs de bach, je n'aurais jamais pu la mettre en oeuvre, cette solution. et je continue à penser que même avec les fleurs de bach, si je vois trop ma mère, ça redérapera forcément un jour, pour deux raisons cumulatives: parce que notre fonctionnement est comme ça, et nous sommes trop âgées pour pouvoir le modifier réellement ET parce que ma mère refuse de prendre conscience de tout cela, que donc, je suis la seule à oeuvrer dans ce sens; or la conscience ne suffit pas à faire bouger les choses à elle seule, imaginez donc s'il n'y a qu'une conscience sur les deux de la relation qui joue le jeu...
c'est pour cela que je lui ai parlé de thérapie familiale, mais elle a toujours refusé. tant pis pour elle, et pour moi aussi en fait. c'est cela qui fait que je ne souhaite pas partager ma grossesse avec elle si j'ai le bonheur d'être un jour enceinte, que ce n'est pas elle qui est désignée comme tiers de confiance s'il m'arrive le moindre problème, ni comme personne à avertir en cas d'urgence si j'avais un accident de plongée; et que de façon plus générale, je n'aurai très probablement jamais envie qu'elle soit là lorsque je prendrai du plaisir à quelque chose ou quand il arrivera quelque chose de grave dans ma vie. plus exactement, j'aurais envie qu'elle soit là dans l'absolu (c'est toujours bon, une mère), mais vu ma mère et notre relation, il vaut mieux qu'elle ne soit pas là.
ça c'est une de mes solutions pour me sentir mieux, et ça marche.
il faut juste que je me retienne, quand il m'arrive un truc sympa, d'aller raconter ça à ma mère. au début c'était impossible. puis ça a été très dur, puis moins. ça n'est jamais facile, mais je sais trop que c'est le mieux pour moi, alors je persiste. il n'y a que quand je suis fatiguée, que je retombe dans les habitudes d'antan.
en fait, j'ai enfin défini le fil d'ariane. j'ai enfin trouvé mes repères. j'ai enfin compris à partir de quand on juge, et à partir de quand on s'immisce. je choque beaucoup de gens avec ça car je suis très aiguisée, donc très rigoureuse (c'est le prix à payer pour trouver le fil d'ariane), et peu sont d'accord avec moi faisant généralement valoir la relation privilégiée entre une mère et une fille (oubliant que c'est vrai, mais seulement chez ceux qui savent s'arrêter, ce qui n'est pas le cas de ma mère, ni le mien d'ailleurs), mais il n'empêche, ça marche.
pour reprendre l'exemple de Quantique, à partir du moment où elle demande à sa fille pourquoi elle veut cet argent, elle s'immisce, même si ça peut sembler légitime de prime abord (et beaucoup diront que ça l'est). et c'est pas parce que les banques en font autant que c'est un exemple à suivre! tout
c'est d'autant plus vrai que les banques ne le font que pour être sûres qu'elles vont être remboursées (et désormais pour des raisons fiscales, mais là c'est plus compliqué). or si j'ai bien compris, contrairement aux banques, Quantique a toujours été remboursée
Evidemment, je la comprends quand elle dit qu'elle ne lui prêterait pas un centime si c'était pour le dépenser sans rien investir, puisque ça fait 20 fois qu'elle lui en prête et qu'elle en a toujours besoin.
Oui, c'est un problème de fond, c'est évident, mais ce n'est pas à sa mère de le lui dire, surtout à son âge, c'est à elle à le découvrir! et le meilleur moyen, c'est de constater qu'autour d'elle, les gens n'ont plus envie de lui prêter de l'argent, même sa mère en a marre, car ce n'est jamais agréable ou anodin pour personne, de prêter de l'argent.
et le lui refuser en lui en expliquant la raison (cette raison en tout cas, car il y en a plusieurs dans ce que j'ai lu), c'est prendre le risque de la braquer ou de l'inhiber.
car c'est encore une fois lui indiquer la marche à suivre (plus ou moins directement), et il n'y a rien de plus démotivant que de ne pas décider quelque chose par soi-même. dans le meilleur des cas elle sera démotivée pour le faire, dans le pire des cas, elle se sentira humiliée. humiliée qu'on lui dise ce qui est bon pour elle... à 37 ans!
et l'humiliation, c'est potentiellement une défense. et si on approfondit un peu, cela renvoit directement au respect.
du coup, tu vas aboutir exactement à l'inverse de ce que tu souhaites! tu te seras plus ou moins mis à dos ta fille (ou en tout cas traversé un moment difficile), et en plus, elle refusera d'entamer la moindre démarche, ou ne sera pas très motivée pour le faire.
et si, docile, elle le fait (il fut un temps où j'étais "docile", mais je ratais presque tout ce que j'entreprenais, pour une raison très simple: ça ne venait pas de moi).
il faut espérer qu'elle n'en est pas là; mais à la limite, c'est pas grave, ça se rattrape ces choses là.
c'est exactement comme quand ma mère me dit qu'elle veut me donner tel argent qui vient de tel truc qu'elle a vendu et qui appartenait à ma grand mère, mais que c'est pas pour "dépenser comme ça". je lui réponds toujours que si elle tient beaucoup à ce que son argent ne soit pas dépensé "comme ça", il vaut mieux qu'elle le garde.
et ce fut d'ailleurs quelque chose de très compliqué pour moi ces histoires d'argent, car j'en avais cruellement besoin. pour toutes les fois où ma mère m'a donné de l'argent, je n'ai jamais complètement fait à ma façon, car quand on est au RMI, c'est carrément difficile de lutter sur ce terrain là (pour ne pas dire impossible, à moins de renoncer à des choses fondamentales, ce que certains font, et que je n'ai jamais complètement fait: j'ai toujours su m'affranchir des biens de consommation, de fringues, etc, mais jamais du chauffage, de l'eau chaude, de la santé [je veux dire même les petits bobos de rien du tout], et donc d'un minimum de confort).
la seule solution que je me suis trouvé (mais j'ai eu la chance de pouvoir la mettre en oeuvre, c'est pas donné à tout le monde), c'est que après en avoir eu assez pour pouvoir me passer des services de ma mère (j'ai budgétisé en prévoyant le "pire", mais au "minimum", ce qui est une quadrature du cercle, en me privant de beaucoup de choses, et en priant bien sûr pour ne pas avoir de trop gros imprévus), j'ai refusé qu'elle m'en donne. j'ai même fait des pieds et des mains pour sortir de son héritage. elle n'a jamais compris.
puis le psy m'a raisonnée, je me suis contentée de refuser quelques sommes en argent qu'elle voulait nous donner à l'occasion.
après moultes fâcheries, elle me l'a donné quand même, cet argent, mais à mes conditions, c'est-à-dire sans savoir si j'en avais besoin ou pas (donc sans savoir combien il me restait sur le compte que mon père nous avait ouvert , car elle est toujours un peu curieuse de savoir où ça en est), sans savoir ce que j'allais en faire, et sans que j'en justifie/raconte a posteriori ce que j'en ai fait.
je m'aperçois que dans les faits, ça revient exactement au même, parce que j'ai des scrupules, et que de toute façon, je culpabiliserais si je le dépensais pour autre chose. mais peu importe. ça, ma mère ne le savait pas au moment où elle me l'a finalement donné, cet argent.
en fait, au fil des années et de ma thérapie,j'avais remarqué qu'elle se débrouillait toujours pour savoir où j'en étais, et que même quand je m'étais dit que je ne le lui dirais pas, elle avait toujours une façon d'en parler qui faisait que je finissais par me dévoiler. à force de céder à ses questions, j'ai repéré, puis remarqué en temps voulu (car en général je m'en rendais compte mais trop tard), puis réussi à dire "tu ne sauras pas".
j'en ai pris plein la figure sur tous les tons. le plus dur, c'était quand elle disait des choses comme "bah, qu'est-ce que ça peut faire que je le sache ou non?", et elle ajoutait parfois d'un air moqueur (mais gentil quand même) " tu fais des cachotteries?" comme si c'était honteux, de ne pas souhaiter dévoiler l'état de son compte. bien évidemment tout cela n'était pas réfléchi chez elle, ça venait tout seul. mais peu importe, c'était là, et je crois qu'elle aura tout essayé comme technique, sans même s'en rendre compte.
et si j'avais le malheur de m'épancher auprès des copines, elles me disaient toujours "oui bah, qu'est-ce que ça peut faire? si ça peut lui faire plaisir, ça n'a pas de vraiment de conséquences".
l'argent, c'est sacrément piégeant sous toutes ses formes.
Raison de plus pour éviter ce type d'interaction quand les relations sont pas simples.
le pire, c'est le coup de la procuration. en fait, ma mère se sert de n'importe quel prétexte pour me dire que ce serait plus simple si elle avait une procuration sur mon compte.
quand elle a compris à quel point une procuration était intrusive, elle a cessé de m'en parler (mais il n'empêche: elle a procuration sur les comptes de mes frères, car elle trouve ça plus pratique et pas méchant, donc là on est dans le cas où elle légitime le truc en considérant que la contrepartie vaut la peine).
elle a compris que c'était intrusif assez tôt quand même, parce qu'objectivement, ça l'est, donc c'était facile à démontrer, même si elle me promettait qu'elle n'interviendrait sur mon compte qu'avec mon autorisation, ce que je pense qu'elle aurait fait d'ailleurs. mais symboliquement, ça reste très intrusif et moi, ça me suffisait à le refuser; et quand je dis refuser, ce fut tardif, car sur mon premier compte j'ai accepté sans broncher, je trouvais même ça très bien.
bref, avec la procuration, on est dans la caricature, et c'est un des rares cas dans lesquels on est dans la caricature; le reste, c'est toujours sujet à discussion, mais maintenant je m'en fiche, j'ai mon fil d'ariane.
en tout cas, de ce point de vue je ne ressemble pas du tout à ta fille, car je refuse catégoriquement d'emprunter, j'ai trop peur de ne pas pouvoir rembourser. je la trouve épatante d'ailleurs, de toujours y parvenir: ça veut dire qu'elle est pleine de ressources! je trouve ça extraordinaire.
bien évidemment, et ça se comprend, il y a le côté négatif, duquel tu as du mal à te détacher, inquiétudes maternelles (et objectives en l'occurrence)
j'imagine que pour une mère, ce doit être très dur de voir son enfant recommencer toujours les mêmes erreurs, surtout quand, parfois, elles sont particulièrement dangereuses, a fortiori s'il y a eu à un moment, une tentative de suicide.
pourtant, je crois vraiment que le fait d'entrer dans la sphère de l'autre, même si on y est invité (oui, à mes yeux ça va jusque là mais peut-être seulement quand on est mère ou père, justement), c'est ne pas la respecter, ne pas lui laisser d'espace suffisant pour que le libre arbitre s'exprime de façon saine; et ne pas être respecté par ceux qu'on a de plus proche, c'est ne pas avoir d'exemples de respect de soi (a fortiori si ça vient de la mère ou du père). c'est donc continuer à faire ce qu'on a toujours fait: ne pas se respecter, faire des trucs qui sont pas satisfaisants, sains, constructifs, etc. bref, rester dans le même fonctionnement (logique, s'il n'y a pas d'espace pour penser/sentir autrement)
comme je disais l'autre jour, voici la mère dont je rêve:
non pas une mère hypocrite, qui me dirait le contraire de ce qu'elle pense, ou qui chercherait à tout prix à me cacher ce qu'elle pense, mais pas non plus une mère qui me dise tout ce qu'elle pense, ou qui se contente (comme la mienne) de "diminuer" ce qu'elle pense pour ne pas trop me heurter.
ma mère, elle est intrusive et elle fait pas exprès. elle ne peut pas se changer, car on n'est pas réellement responsable de ce qu'on pense. d'ailleurs, en pensant tout cela d'elle, je suis moi-même extrêmement intrusive, même si elle n'en sait pas grand chose (encore que je ne lui mens jamais pour autant).
on ne peut pas s'empêcher de penser, de juger, de percevoir, c'est humain. donc on est obligé de composer avec.
soit on dit tout, et on "charge" l'autre de ce qu'il ne devrait pas porter (car même si ce que tu penses concerne ta fille, c'est quand même toi qui le pense),
soit on en dit un bout, et on en conserve un bout pour soi, mais alors là, on est dans l'insatisfaction des deux côtés: on a "jugé" l'autre (ou à tout le moins on est entré dans sa sphère privée), et pourtant on n'a pas dit tout ce qu'on pensait, donc on a presque l'impression de mentir un peu.
pour moi, la position idéale, quand on ne peut pas s'empêcher de penser au sujet de la sphère de l'autre, du moins quand la relation est très personnelle, c'est de le conserver pour soi parce qu'on réalise que c'est mieux. non pas en faisant croire qu'on ne pense rien, et qu'on n'a pas d'avis sur la question, mais en comprenant que ce n'est pas à nous de nous prononcer sur le sujet, par souci de respect de l'autre, et que ce serait une erreur de le faire (mais pour faire ça, il faut être d'accord avec, ce qui n'est pas forcément évident; perso, j'ai mis un temps fou).
ce n'est surtout pas de dire (même si l'autre le demande): oui je pense quelque chose, mais non je ne veux surtout pas te dire quoi (ça sous entend qu'on a tout compris et qu'on sait tout de l'autre, ce qui est tout à fait insupportable, l'autre n'a plus d'espace de liberté/indépendance/oxygène); mais de dire quelque chose du style, "je me suis aperçu que ça ne me regardait pas" et si l'autre insiste, lui faire comprendre que la position que l'on adopte n'a aucun intérêt pour elle, car ce serait usurper quelque chose qui ne nous appartient pas que de se prononcer dessus. anticiper l'autre, c'est lui bouffer son espace psychique, et l'espace psychique, c'est essentiel pour se construire.
sauf que pour pouvoir dire des choses comme ça, il faut les penser, et ça, c'est pas simple.
d'ici là, on peut toujours trouver des solutions (imparfaites mais tout à fait correctes) de rechange, du style: il me semble que ça me regarde pas ou que ce serait une erreur que j'en parle, car j'ai un doute sur le sujet, et tant que le doute ne sera pas levé je préfère m'abstenir (dans le doute abstiens toi)
voilà donc, j'aimerais que ma mère ne se retienne plus de me dire les choses au motif que je lui ai dit que ça me faisait du mal, mais qu'elle trouve le fil d'ariane, c'est-à-dire le moment où elle devient intrusive (ou du moins trop concernée par mes affaires), le moment où, en principe, ça ne la regarde plus, pour ne pas dire le moment où elle ne respecte plus ce que je suis ni ce que je vais devenir; et à partir de là, qu'elle soit capable de dire "ça ne me regarde pas", même si elle ne peut pas s'empêcher de penser.
bon, je vais me chercher à boire et relire tout ça.
je sais déjà que j'ai oublié un chapitre (celui sur lequel "pourquoi on pense des autres" et "pourquoi on anticipe des autres" et même comment on peut essayer de s'en empêcher (rarement avec succès mais qui sait)), mais je suis vraiment fatiguée, et il faut vraiment que je dorme!
...
oui j'ai aussi oublié un chapitre sur le fait que ta fille semble très, très loin de cette indépendance, et qu'elle semble même être au stade où elle approuve ta façon d'être, n'y voit aucun inconvénient, et même le défend. car il faut savoir que pendant très longtemps, aussi incroyable cela paraisse aujourd'hui, j'ai défendu tout ce que faisais ma mère, envers et contre tout le reste de ma famille, et je ne vois pas bien qui aurait pu m'en faire démordre tant que je n'avais pas perçu franchement certains de ses travers ce qui a bien fini par arriver, même avant le début de ma thérapie; enfin si, mais il aurait fallu que ça vienne de l'extérieur, ce qui par hypothèse était impossible.
évidemment, je n'en sais rien, ce n'est qu'une vague impression, car c'est toi qui écrit, et pas elle. et puis ça reste un avis, chuis pas psy!!
pourtant, ce serait pas forcément une bonne idée de lui conseiller une thérapie (en fait tout dépend de vos rapports, de sa position, etc, mais ce serait dommage de renforcer ses défenses par rapport à ça, ça la bloquerait davantage).
en tout cas l'idée de faire appel à un organisme est excellente (même si c'est purement technique et non thérapeutique, car en fait je me rappelle plus exactement comment c'est tourné), tout dépend comment c'est formulé. mais l'idée que tu n'as pas à intervenir dans ses histoires d'argent et qu'il y a des gens mieux placés que toi pour ça, c'est bien je trouve (oui oui, je juge! je donne un avis, je me permets!).
et je justifie: car justement, ça renvoie à l'idée que tu n'as pas à intervenir dans sa sphère, que ce n'est pas ton rôle, et ça, c'est plutôt chouette. bon après, c'est comme pour tout, tout dépend comment c'est énoncé. et là, on rejoint le problème de toutes les nuances possibles et imaginables entre l'injonction, et la suggestion (dite avec émotion ou au contraire de façon distanciée, ça change tout)
non les rapports mère-fille, c'est pas facile...
et dire que je ne demande que ça, à l'heure où je crains toujours davantage de ne pas être enceinte!!
(fille ou garçon, je m'en fiche, les deux me vont)
allez dodo
(wow après relecture et relecture, il est bientôt six heures du mat! allez, c'est pas grave, ça m'a fait du bien de parler de ma mère...!)
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